Où va le Palais de la Découverte ?

Denis SAVOIE, directeur de la médiation scientifique et de l'éducation d'Universcience.

Le Palais de la découverte occupe depuis 1937 l’aile ouest du Grand Palais (appelé Palais d’Antin), monument majeur depuis sa construction pour l’exposition universelle de 1900. Une première tranche de rénovation du bâtiment a eu lieu entre 2001 et 2005, qui a principalement concerné la grande nef, ses fondations et sa verrière. Le reste du bâtiment demeure dans un état de grande vétusté. A sa création en 2011, l’établissement public de la Réunion des musées nationaux-Grand Palais (RMN-GP), affectataire du bâtiment du Grand Palais, a mené des premiers travaux urgents et élaboré, en collaboration avec Universcience (EPIC créé en 2010 qui regroupe le Palais de la découverte et la Cité des sciences et de l’industrie), un schéma directeur de restauration et d’aménagement qui a été validé par la commission nationale des monuments historiques le 1er octobre 2012. Ce schéma directeur se fonde sur les grands principes architecturaux qui ont présidé à la construction du monument : cohérence, unité et fluidité des circulations du bâtiment, prédominance de l’éclairage naturel, transversalités est-ouest et nord-sud. Il s’agit de retrouver les principes fondateurs du bâtiment à l’origine, tout en répondant aux nécessités actuelles d’accueil des publics, d’expositions et d’évènements à rayonnement national et international.

Sur ces bases, un concours international d’architecture, organisé en 2013, a permis de choisir l’agence LAN comme maître d’œuvre chargé de l’aménagement du bâtiment, qui travaillera en collaboration avec François Chatillon, architecte en chef des monuments historiques, chargé de la restauration du monument.

Le « Grand Palais des arts et des sciences », appellation du futur lieu, disposera d’un fonctionnement unique et mutualisé avec une meilleure exploitation fonctionnelle et technique du site. Certaines fonctions (services aux visiteurs, exploitation technique) et certains équipements (hall d’accueil, plateforme logistique, auditoriums, restaurant, cafétéria notamment) seront mutualisés créant ainsi une destination unique pour les visiteurs : le Grand Palais des arts et des sciences.

Le projet de restauration et d’aménagement du Grand Palais se décompose en deux grandes étapes :
- une phase d’études de septembre 2016 à décembre 2019
- les travaux de restauration et d’aménagement d’octobre 2020 à juin 2024.

Ce qui signifie concrètement que le Palais de la découverte fermera ses portes au public à l'été 2020, pour une réouverture prévue à l'été 2024.

Depuis plus d’un an, Universcience est engagée dans une réflexion stratégique quant à l’avenir du Palais de la découverte. Cette fermeture temporaire doit être vue comme un tournant dans l’histoire de l’établissement (qui fête ses 80 ans en 2017) qui va redonner au lieu sa splendeur architecturale : ouverture de l’axe est-ouest (aujourd’hui coupé par la salle d’électrostatique), nouvelles surfaces d’expositions, éclairage naturel zénithal. Car on l’a bien compris, c’est une nécessité absolue d’entreprendre des travaux (mise aux normes, consolidations) dans un bâtiment débuté en 1897 et qui n’en a jamais connus de grande ampleur.

De façon schématique, il y a deux chantiers qui ont débuté et qui sont menés en parallèle : maintenir un Palais de la découverte « hors les murs » pendant les travaux et préparer le contenu scientifique et muséologique du futur établissement.


Palais 2024a


Pour le Palais « hors les murs », on s’oriente vers un Palais de "préfiguration" du musée de 2024, ouvert au public et aux scolaires, qui serait situé si possible à proximité de l’avenue Franklin D. Roosevelt. Dans ce « mini-Palais de la découverte », on continuerait à présenter des expériences (pas volumineuses !) et des médiations devant le public, bien évidemment avec une partie des médiateurs actuels. Mais cette activité ne mobiliserait évidement qu’une fraction de la cinquantaine de médiateurs scientifiques de l’établissement. Pour les autres, de multiples pistes sont à l'étude : certains pourraient en particulier être affectés, pour tout ou partie de la période de fermeture, dans des grands laboratoires, des universités, à la Cité des sciences et de l’industrie ou dans des centres de sciences en province ou à l'étranger. Une partie des médiateurs sera aussi largement sollicitée et impliquée dans l’élaboration du contenu du futur Palais ; car à l’issue des travaux, le Palais de la découverte ressemblera à une immense boite, certes magnifique et remise à neuf, mais vide.


Palais 2024 vue escaliersPalais 2024 1er étage en face du plané




Palais 2024 avenue F.RooseveltPalais 2024 autre côté


Or quatre années de fermeture est un intervalle de temps qui peut sembler long mais qui est très court en terme de muséologie globale. Comment seront agencés les espaces du Palais rénové, sera t–il encore disciplinaire, où sera le nouveau planétarium, quelle surface faudra t-il attribuer aux expositions temporaires, comment seront articulés les espaces avec les autres occupants du Grand Palais, les expériences spectaculaires comme l’électrostatique et l’air liquide seront t-elles encore présentées, comment sera assurée la maintenance des espaces permanents ? ... Autant de questions qu’il convient dès à présent de se poser, à défaut d’y répondre dans l’immédiat. Car il n’est évidemment pas question de faire un « copier-coller » du Palais de la découverte actuel. Il faut penser, avec l’aide de la communauté scientifique, de l’éducation nationale, du public et des futurs acteurs de l’établissement, ce Palais de la découverte du XXIè siècle, tout en gardant l’âme de Jean Perrin et de ce qui a fait son charme et sa légitimité dans le paysage scientifique et muséologique français. L’institution a toujours su s’adapter avec son temps, comme en témoignent les 80 doctorants qui viennent y présenter depuis trois ans aux publics et toute l’année, leurs travaux de recherches ou encore par la création en 2016 d’une nouvelle unité scientifique « informatique et sciences du numérique ».

Le soutien de la communauté scientifique est de ce point de vue essentiel ; le Palais de la découverte doit rester une vitrine de la recherche et de la compréhension de la démarche scientifique auprès des jeunes et du grand public.


Retour au sommaire