Sciences et société : vertus et limites des sciences participatives
Jean-Gabriel GANASCIA, Université Pierre et Marie Curie, LIP6.

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Jean-Gabriel Ganascia est professeur à l’université Pierre et Marie Curie, chercheur au LIP6 et directeur adjoint du Labex OBVIL. Il est aussi membre du COMETS (Comité d’éthique du CNRS) et de la CERNA (Commission de réflexion sur l’éthique de la recherche dans les sciences du numérique d’Allistène)


Prendre part à la science

Sur la page de garde du premier numéro de la lettre de la Fédération Française des Sociétés Scientifiques (F2S) figure une belle citation écrite par Pierre Léna qui fût, entre autre, l’un des promoteurs de la Main à la pâte et le président du COMETS (Comité d’éthique du CNRS) : « Faire partager à tous, à la mesure des moyens de chacun, l’intelligence de la science et de la technique et la beauté qu’elle révèle, afin de mieux choisir l’avenir qui se façonne avec elle ».

Dans ce but si louable, on peut raconter la grande épopée de la science et de la technique, avec ses énigmes intrigantes et ses dévoilements prodigieux ; on peut mentionner des petites anecdotes drôles ou édifiantes ; on peut aussi essayer de parler à l’intelligence et de faire comprendre les résultats, les avancées et les perspectives actuelles ; mais que ce soit dans la narration où l’explication, le destinataire reste toujours dans une posture contemplative. Or, aujourd’hui, on parvient à placer le citoyen, quel qu’il soit, dans une attitude plus active en lui demandant de participer à la production scientifique et ainsi de contribuer à l’avancement des connaissances. Comment mieux faire comprendre la science, ses objectifs et son évolution qu’en proposant d’assister les scientifiques dans leur tâche ?

On rétorquera que la science actuelle est affaire de professionnels, que le temps des amateurs est révolu, que l’on a que faire de dilettantes ou même que les seules tâches que l’on peut confier aux néophytes sont ancillaires et donc dégradantes. Or, les sciences qualifiées de participatives ou de citoyennes offrent un démenti magistral à ces arguments : avec elles, tous peuvent désormais jouer un rôle utile tout en en tirant un grand bénéfice intellectuel. On confie à tout le monde des tâches d’observation, d’interprétation, voire de conception. Ces tâches, loin d’être avilissantes, aident à mieux comprendre, tout en motivant ceux qui les accomplissent. Que ce soit en astronomie ou en astrophysique, avec, par exemple, l’observation de la forme des objets célestes, ou dans les sciences de la vie, en particulier l’inventaire de la biodiversité, beaucoup de disciplines des sciences de la nature en bénéficient. Avec le logiciel libre, l’informatique est concernée depuis longtemps. Et, il existe des sites qui proposent au grand public de démontrer des conjectures mathématiques. Quant aux sciences de l’homme et de la société, elles ne sont pas de reste : on peut annoter collectivement des textes, des images ou des documents, ce qui constitue un apport inestimable à l’édition de gros corpus.

Cette participation des amateurs est attestée depuis longtemps. Toutefois, jusqu’ici, elle demeurait très marginale. Avec le numérique, elle prend un grand essor, car les ressources de l’internet aident à collationner toutes ces contributions, puis les techniques de traitement de l’information permettent de les confronter et de les croiser, de façon à les valider automatiquement. Enfin, les masses de données (ou en termes plus à la mode, les Big Data) recueillies peuvent être traitées par des algorithmes puissants que conçoivent les informaticiens.

Ces contributions collectives aident les scientifiques dans de nombreux domaines. On se saurait négliger leur utilité. A l’avenir, elles joueront un rôle de plus en plus grand. Outre les services qu’elles rendent, elles incitent un public de plus en plus large à s’intéresser à la démarche scientifique et à la comprendre. Elles ont donc une indéniable vertu pédagogique. D’ailleurs, comment mieux se pénétrer de la culture scientifique qu’en participant à l’activité scientifique !
Avec les sciences participatives, le partage qu’appelait de ses vœux Pierre Léna est une réalité actuelle. Et, ce partage de l’intelligence de la science et de la technique devient désormais actif et utile. De plus en plus de personnes sont appelées à y prendre part. Ces personnes ne se contentent plus de mieux choisir l’avenir qui se façonne avec la science, comme le suggérait Pierre Léna ; elles contribuent aussi à façonner la science et, avec elle, l’avenir.


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