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L'auteur

Depuis ses débuts à la Délégation Générale à l’Énergie et à la la Commission de l’Énergie du VII° Plan, J-P. Hauet a manifesté pendant toute sa carrière un intérêt constant pour les questions d'énergie. Remarqué par Ambroise Roux alors au sommet de son influence sur l'industrie française, n'a-t-il pas été un pionnier de l’utilisation rationnelle de l’énergie et des énergies nouvelles lorsqu'il a fondé Novelerg, au sein de la Compagnie Générale d'Électricité au début des années quatre-vingt ? Il a ensuite occupé sans discontinuer pendant vingt ans, d'importantes responsabilités dans les branches « Énergie » d'un groupe qui devait malheureusement subir de constantes restructurations « capitalistiques ».

L'ouvrage


En 2004, Jean-Pierre Hauet avait déjà choisi de faire bénéficier un large public de son expertise en publiant un  « Panorama mondial du développement durable » écrit en collaboration avec Henri H. Mallet, directeur de la revue Passages et responsable du Forum mondial du développement durable.

C'est avec une ambition pédagogique affirmée qu'il a réuni l'important dossier qui sert de support à son nouveau livre « Comprendre l’énergie - Pour une transition énergétique responsable ». Quand l’Union Européenne promeut à la fois un marché unique de l’électricité ( pour activer les ressorts concurrentiels ) et une conduite écologique et climatique exemplaire au niveau mondial, et qu’après une ou deux décennie de cette orientation, les européens voient au fil du temps augmenter fortement leur facture électrique et les émissions de CO2, ils ont toute raison de chercher à comprendre ce qui se passe. Alors, peut-on y voir clair, démêler l’écheveau, calmer le jeu ?

Le Comité de prospective en énergie de l’Académie des sciences s'y est essayé dans un rapport adopté le 25 septembre 2012, intitulé « La recherche scientifique face aux défis de l’énergie » publié chez EDP Sciences. Mais comme en conviennent les académiciens eux mêmes , « les solutions aux défis posés par la question de l’énergie ne pourront [...] pas être dégagées par la science seule. Les avancées techniques les plus innovantes sont toutes issues de la recherche fondamentale, mais elles n’ont pu aboutir que prolongées par des recherches technologiques et industrielles, moteurs du développement. »

Avant de suggérer les possibles d'une indispensable transition énergétique, J-P. Hauet tient à faire comprendre ce dont il est question: maître d'une documentation constamment actualisée, il donne accès à toutes ses sources en faisant référence à un maximum de documents accessibles sur le Web dont il fournit les nombreuses adresses. Il n'a pas hésité à mettre en forme plus d'une centaine de tableaux et graphiques qui enrichissent son propos et permettent au lecteur de comprendre la complexité.

Comprendre les forces de l’évolution (démographie, rattrapage des niveaux de vie, diversité des besoins - chauffage, transport, industrie - efficacité énergétique ), comprendre les caractéristiques de chacune des technologies énergétiques et de leurs sources primaires ( fossiles, nucléaires, solaires, éoliennes…), comprendre les contraintes auxquelles l’humanité est confrontée ( limitation thermodynamiques, limitation des ressources, limitation climatique, limitations financières en consommation et investissement, risques géo-politiques…)

Les techniques sont examinées avec soin mais sans technicité superflue. Pour des développements plus détaillés, on pourra utilement se reporter aux travaux du groupe « Énergie » de la Société Française de Physique. qui avait publiée en 2005 dans la collection « Grenoble Sciences » chez EDP Sciences, un solide état des lieux intitulé : « L’Énergie de demain, techniques - environnement - économie », sous la direction de Jean-Louis Bobin, Elisabeth Huffer et Hervé Nifenecker.

En actualisant les données, J-P Hauet aborde le champ du possible, qu’il s’agisse de la décarbonation de l’économie (le prix auquel il faudrait taxer le gaz carbonique – au moins 100 € la tonne – est tout sauf indolore !), des perspectives réalistes quant aux énergies renouvelables (qui ne sont pas gratuites, mais souvent fort coûteuses si on veut aussi stocker !), l’avenir possible des énergies conventionnelles (le nucléaire est l’objet de forts enjeux et controverses, tout comme le gaz de schiste !). « Autant de technologies où les durées se comptent en décennies. Sur le plan politique, toute décision prise aujourd’hui déterminera l’avenir jusqu’au milieu du siècle » remarquait déjà Jean-Louis Bobin dans son article à « Reflets de la Physique » de 2012 .

De ce qui est envisageable, doit résulter un mix énergétique, dont tout indique qu’il ne saurait être universel, ni même uniforme au sein de l'Europe ; il importera aussi de se soucier fortement des filières non-électriques de l'énergie (industrie, transports, usages domestiques), même si elles sont plus difficiles à faire évoluer.

Sur cette base, J-P. Hauet parvient à reconstruire une vision mondiale et prospective, aussi exhaustive que possible, et dessine une trajectoire plausible de la planète Terre et de son humanité à horizon 2050, horizon qui avait été aussi choisi pour le rapport préparé en 2012 par le groupe de travail « pluraliste et ouvert » présidé par Jacques Percebois et Claude Mandil. C'est l'échéance qui est généralement jugée compatible d’une part avec le prolongement des technologies actuelles, continûment améliorées et d’autre part sans doute avec la relève des technologies de rupture ( fusion, hydrogène… que nous n’avons guère plus que 35 ans pour mettre au point !)

Cette trajectoire ne manque pas d'être préoccupante.

  • Si au global, il n’y a pas risque de pénurie, car à horizon 2050, les ressources classiques actuellement exploitées devraient suffire, les combustibles fossiles resteront absolument nécessaires, et notamment le pétrole pour les transports.
  • L’inégale répartition des ressources ( énergies fossiles, eau, terres agricoles selon l’orientation alimentaire ou énergétique ) sera source de tensions géopolitiques inévitables.
  • Le réchauffement climatique sera supérieur à 2°C, peut être nettement supérieur, avec des impacts dont il faut dès maintenant se préoccuper ( terres inondées, baisse des rendements agricoles, tornades…) mais les populations n’admettront pas l’effort économique qui leur sera demandé en vue d’un avenir supportable ; il faudra que les politiques énergétiques parviennent à proposer des gains, complémentaires en termes de qualité de vie par exemple.

Après toutes ces mises au point, qui redressent bien des idées reçues et pointent des difficultés variées, J-P Hauet aborde le cas spécifique de la France. Son travail vient compléter avec un point de vue de scrutateur responsable, le vade-mecum « La situation énergétique en France et dans le monde. Quels choix politiques ? » qui avait résulté en avril 2012 des travaux de la commission « Énergie-Environnement » de la Société Française de Physique ( publié par EDP Sciences).

A ce stade, J-P. Hauet s'engage et n'hésite pas, comme le souligne Émile Malet dans sa préface, « à faire montre d’audace non politiquement correcte en disant qu’il n’y a pas de conquête économique durable sans recherche de souveraineté énergétique pour asseoir la sécurité des approvisionnements et ne pas s’endetter outrageusement sur les marchés extérieurs des hydrocarbures. » Qu'on sorte du nucléaire ou qu'on y reste, fût-ce à hauteur de 50 % de la production électrique, il aura fallu à l'échéance de 2050 fermer la quasi-totalité des centrales actuelles, donc investir des sommes comparables à leur valeur à neuf car il n'existe pas d'énergie miraculeuse, abondante et bon marché. « L'impossibilité de trouver un cheminement dans la continuité est troublante. Elle devrait rappeler en premier lieu à nos dirigeants, français ou européens, l'absolue nécessité de replacer la question de la sécurité au cœur du débat énergétique. »

On ne manquera pas de souligner ici combien la complémentarité des compétences réunies au sein de la F2S par le rapprochement des expériences issues de la SEE et de la SFP, place notre fédération dans une situation d'expertise indépendante privilégiée dans le débat sur la transition énergétique. Les livres récents de Jean-Louis Bobin « Quelles prospectives énergétiques à l'horizon 2100 » paru en avril 2013 chez EDP Sciences comme celui que Jean-Pierre Hauet fait paraître cette année à l'Harmattan viennent utilement en apporter la démonstration. L'organisation par la F2S d'un débat autour de ces contributions remarquables sera envisagée dans la perspective du dépôt d'un projet de loi que la nouvelle ministre de l'écologie voit arriver en commission à l'Assemblée en juillet 2014.



Note : Jean-Pierre Hauet est Président du Comité Éditorial de la « Revue de l’Électricité et de l’Électronique» de la SEE et membre du Cercle de Réflexion de la F2S

La rédaction de la Lettre.


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