Exposition « Mathématiques, un dépaysement soudain » :

Un enchantement intellectuel et visuel

La Fondation Cartier pour l'art contemporain à Paris propose jusqu'au 18 mars 2012« un dépaysement soudain », selon la formule de Grothendieck. Cette exposition a sollicité la communauté des mathématiciens et de nombreux artistes célèbres. Conçue par l'IHES et Jean-Pierre Bourguignon et par l'IAP avec Michel Cassé, elle associe aussi la physique et l'astrophysique avec le CERN et l'ESA. Le résultat : un émerveillement constant.

Des mathématiques pures aux mathématiques appliquées, de la discipline elle-même aux hommes qui la portent, l’exposition entraîne le visiteur au cœur de la recherche et de la pensée, dans un parcours plein de surprises.
L’introduction est créée par un texte de Misha Gromov lu par Patti Smith, dans un hall en forme de zéro où défile une vidéo conçue par David Lynch –une structure rayonnante à partir d’un point unique et d’une symétrie absolue - pour illustrer les quatre mystères du monde : la nature des lois de la physique, le mystère de la vie, le rôle du cerveau et enfin l’apparition de la structure mathématique.
Sous la coupole défile la litanie des objets de l’Univers, depuis la perle de Planck jusqu’à l’univers observable, en passant par les protons, les molécules, les cristaux, les montagnes, les galaxies…

Au sous-sol de la Fondation nous tombons sur un beau film en cinémascope de Raymond Depardon donnant la parole à neuf mathématiciens, tels Alain Connes ou Cédric Villani, qui illustrent et font partager la passion qui les anime. Tout le long du trajet nous sommes attirés par des visions inattendues : une surface de révolution à courbure négative qui se révèle être une très élégante sculpture de Hiroshi Sigumoto en aluminium de trois mètres de haut, dont la pointe n'a que deux millimètres de diamètre ; un paysage mathématique illustrant des phénomènes naturels tels que les rayons du soleil, le vol d'un oiseau, les ondes, la diffusion de la chaleur, le tout concentré en un film projeté dans une demi-sphère, qui présente aussi un défilement éblouissant de pavages de Penrose.

Les physiciens se réjouiront de voir se dessiner sur un écran géant tout ce qu'on peut tirer d'une collision au LHC où pourrait apparaître le boson de Higgs ; et la complexité du vide quantique surgit de quelques coups de crayon sur un tableau noir magique. Les passionnés d'informatique pourront s'amuser avec des créatures robotiques créées par l'INRIA qui parlent aux visiteurs et créent une boucle d'interaction avec eux en fonction de leur réponse. Les plus doués pourront s'exercer à créer des équations selon les règles inventées par Takeshi Kitano pour la télévision japonaise. Bref, une unique visite n'épuise pas la richesse de cette exposition qui est un concentré d'intelligence et de culture.


Michèle Leduc
Présidente de la F2S



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