Henri Porte, PDG de la société Photline Technologies raconte la genèse et l'aventure de cette entreprise, créée à Besançon en septembre 2000, spécialisée dans les composants optoélectroniques et photoniques, les modulateurs optiques ultra rapides en particulier. La création de Photline Technologies résulte d'un transfert des travaux de recherches menés pendant quinze ans dans son laboratoire de l'Université de Franche Comté à Besançon dans le domaine de l'optique intégrée sur niobate de lithium.

D'abord un mot sur mon parcours. J'ai soutenu ma thèse en 1985 sous la direction de Jean-Pierre Goedgebuer au Laboratoire d'Optique P.M. Duffieux de l'Université de Besançon, aujourd'hui Département de FEMTO-ST. J'avais travaillé en particulier sur l'accord en longueur d'onde par voie électro-optique des lasers à colorant, et ayant alors déposé un brevet sur ce système, je m'étais déjà renseigné sur la faisabilité de créer une entreprise pour valoriser ce dispositif. Le marché n'était pas porteur et cela n'a pas débouché mais en tout cas une première intention s'était manifestée qui va me rester dans un coin de l'esprit. J'ai eu la très grande chance et le bonheur d'être recruté comme chargé de recherches CNRS à l'issue de cette thèse, et j'ai consacré mes premières années de recherche à développer une filière technologique de fabrication de modulateurs optiques intégrés dans le niobate de lithium, un cristal remarquable pour ses propriétés non linéaires, électro-optiques, piézoélectriques. Nous avions en effet besoin de modulateurs très spécifiques pour la démonstration des systèmes de multiplexages optiques originaux étudiés dans notre équipe et s'appliquant au domaine des communications par fibre, et mon activité de recherche a été consacrée à l'étude de nouvelles architectures et de nouvelles configurations pour ces modulateurs n'ayant jamais été démontrées jusqu'alors.

J'ai été promu directeur de recherche en 1998. J'étais responsable de l'équipe optoélectronique et avais en particulier participé au montage du laboratoire de GTL-CNRS-Telecom à Metz, en collaboration avec le Georgia Tech d'Atlanta, ce qui avait été l'occasion d'une sensibilisation forte à la thématique des télécoms hauts débits par fibre alors en plein essor.
C'est dans ce contexte qu'en 1999, j'ai été contacté par le groupe Alcatel, qui m'a incité à transférer dans le domaine industriel la technologie des modulateurs en niobate de lithium afin d'accélérer le déploiement prochain devant permettre de faire passer les équipements de transmission 10Gb/s vers une génération appelée à fonctionner à 40Gb/s.

Les mois qui ont suivi ont été consacrés à une phase de réflexion et d'analyse du marché et de montage du plan d'affaires. Avec mes deux associés Pascal Mollier et Jérôme Hauden, issus de mon équipe, nous avons officiellement créé Photline Technologies le 1er Septembre 2000, et réalisé une levée de fonds auprès de nos investisseurs deux mois après, ce qui a permis le démarrage de l'activité.

Le retournement du marché des télécoms en 2001 a amené une révision drastique de, notre stratégie, nous obligeant à nous tourner vers de nouveaux marchés. Ce virage a sauvé l'entreprise qui a pu commencer sa croissance. A l'issue des premières années de lancement, nous avons investi dans de nouveaux locaux de 1000m2 en 2006 nous dotant d'une salle blanche autonome pour notre fabrication de modulateurs optiques dédiés au marché des capteurs, de l'instrumentation, du spatial, des lasers industriels. En 2008 nous avons absorbé une petite société lannionaise, ADLightec qui nous a permis de diversifier notre offre technologique dans le domaine des composants actifs hyperfréquences.

Après plus de dix années d'existence, Photline est une société de 30 personnes, réalisant plus de 3ME de chiffre d'affaires et dégageant un résultat net positif, avec une politique de R&D et d'innovation permanente nous amenant à déposer régulièrement de nouveaux brevets. Nous vendons dans plus de trente pays à travers le monde, et possédons un portefeuille de plusieurs centaines de clients.